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dimanche 6 septembre 2009

Flopper deux paires


Il nous est tous arrivé de flopper deux paires au flop, de nous sentir soudain très fort et invisible, puis d'essayer de piéger notre ou nos adversaires en slowplayant. Le turn a apporté une carte anodine ou à peine douteuse et l'action s'est emballée. Malgré notre mauvais présentiment, nous n'avons pas su sortir du coup. Le show down nous a permis d'admirer la magnifique quinte ventrale touchée par un de nos adversaires. Une fois la litanie d'insultes contre votre mauvaise fortune vous êtes vous demandé si vous aviez vraiment bien joué le coup? Deux paires au flop est elle une main si solide que cela ? Comment arrêter de gagner peu et de perdre beaucoup avec cette main ? Ce sont les questions auxquelles j'ai essayé de répondre dans ce dossier.



Pendant toute une période d'apprentissage au poker, on se sent quasi invincible lorsque l'on floppe top paire top kicker. On est toujours prets à engager tous nos jetons, quelque soit la profondeur avec cette main. Et petit à petit, cette tendance passe. Nous jetons facilement cette main dans certaines situations. Ou nous essayons de contrôler un peu la taille du pot plutot que de tout envoyer contre trois adversaires. Le problème est parfois plus difficile à corriger lorsque l'on joue deux paires au flop. D'une part, on la joue moins souvent et l'expérience arrive moins vite. D'autre part, c'est une main plus forte avec laquelle on sent souvent très fort, parfois invisible, et quasi invincible. Pourtant, deux paires est la main faite qui se trouve juste au dessus de top paire top kicker. De plus, cette main offre quelque particularités qui la rende difficile à jouer.

Deux paires au flop est une main faite qui a peu d'outs pour améliorer.

Lorsque nous floppons deux paires, nous ne finirons que rarement avec une meilleure main. En effets nos 4 outs nous donnent grossièrement 18% de chances de finir en full. Et le plus souvent, l'apparition de cette doublante aura pour effet d'effrayer la plupart des mains que nous aimerions voir nous payer. De ce fait, l'apparition de nouvelles cartes ne nous aide pas, et aide le plus souvent nos adversaires.

Deux paires au flop est une main qui ne reçoit pas beaucoup d'action.

Quand nous touchons deux paires, il y a moins de chance que le ou les adversaires aient touché une paire vu que nous avons deux des neufs cartes qui permettent de faire une paire avec le flop. Tout particulièrement quand nous touchons deux paires avec les deux plus grosses cartes du flop (top two pairs) ou la plus grosse et la plus basse carte (top and bottom pairs), il n'y a plus que deux cartes que nos adversaires peuvent avoir pour avoir floppé top paire. Ceci explique le manque d'action chronique que nous rencontrons lorsque nous floppons deux paires. Dans une main ou nous sommes plusieurs au flop, nous ne serons pas toujours payé par un adversaire qui n'a que la paire du milieu ou la paire la plus basse. C'est frustrant, et l'on se demande à quoi bon flopper une aussi bonne main si c'est pour ne rien gagner avec.

Deux paires est une main vulnérable à plusieurs.

De la frustration de ne pas avoir d'action découle naturellement les envies de slowplayer cette main. Cependant, contre plusieurs adversaires et selon la nature du flop, nous seront souvent confrontés à des tirages à plusieurs outs: les combinaisons multiples d'une paire avec tirage quinte ventrale ou par les deux bouts, tirage couleur, ainsi que des overcards. Un seul adversaire aura rarement tous ces tirages. Mais plus les adversaires sont nombreux, plus le nombre de cartes susceptibles de nous battre peut être important. De ce fait, il est très important de réduire le nombre d'adversaires le plus tôt possible. Notre main est d'autant plus vulnérable que la hauteur de la plus forte carte est faible, et que nos deux paires ne comporte pas la top paire. Dans ce cas, la top paire ou une overpaire éventuelle bénificiera d'outs supplémentaires si la top paire touche son kicker ou si une doublante apparait au tableau.

Deux paires offre de bonnes cotes implicites aux adversaires.

Le problème, c'est que si un adversaire améliore suffisamment sa main pour nous battre nous lui donnerons probablement beaucoup de nos jetons. S'il n'améliore pas, nous ne lui prendrons rien de plus ou dans le meilleur des cas assez peu de jetons. Dans des situations ou les tapis sont profonds, il est très important de protéger sa main et son tapis. En évitant de perdre votre tapis, vous restez en vie dans un tournoi multitable (MTT), ou dans un tournoi à une table (STT), ou encore vous économisez une cave ou plus en cash game. Les jetons qui ne sont pas perdus sont gagnés.

Les bonnes situations pour deux paires au flop

Les mains contre lesquelles nous souhaitons jouer lorsque nous floppons deux paires sont essentiellement top paire bon kicker et une overpaire. Dans les deux cas, nous souhaitons jouer en tête à tête. Dans ce genre de situations, nous aurons environ 75% de chance de finir vainqueur, et nous avons un client pour nous payer malgré sa main moins bonne.

Si le pot a été relancé, nous aimerions que le flop comporte quelques tirages. Pourquoi ? En général, si nous ne sommes que deux à voir le flop, notre adversaire aura rarement ces tirages et quand bien même, nous partons quand même avec de l'avance. De plus, notre adversaire ne pourra pas écarter le fait que nous sommes éventuellement à tirage et aura beaucoup plus de mal à lacher sa main tant que ces tirages ne rentrent pas. De notre coté, la statégie sera de mettre le maximum de jetons dans le pot avant que les tirages ne rentrent, car cela signifiera souvent la perte de notre client, ou pire encore, que nous sommes désormais battus.

Au contraire, sur un flop 6s 8d Qh, une main comme AQ ou KQ va peut être se poser des questions si elle reçoit beaucoup d'action. Nous aurons plus de mal à extraire de l'argent que sur un flop 6s 8s Qh.

Les mauvaises rencontres:

Il vous arrivera de flopper deux paires et de jouer contre deux paires meilleures ou contre un brelan. Mais ces situations sont tellement rares, qu'il vaut sans doute mieux les écarter tant qu'il n'y a pas plus de mauvais signe apparaissant, comme une doublante ou des tirages qui se précisent.


Illustration:

Pour illustrer ces différents principes, j'ai choisi un cas classique. Nous sommes de grosse blindes avec une main que nous n'aurions pas joué la plupart du temps. Mais plusieurs joueurs ont juste payé la blinde, personne n'a relancé et nous voyons un flop gratuitement. Nous floppons deux paires en touchant les deux cartes les plus basses du flop. Nous retrouvons avec une belle main faite, hors de position, contre plusieurs joueurs. Le flop offre très peu de tirage. Que faire ??


J'ai affecté aux différents limpers des mains potentielles assez classiques.

Hero (BB): 8s4s
SB : 7h5h
BTN : KsJs
CO: Ac8c
MP: JdTd

Scénario 1:
Vous attaquez le flop en espérant être payé par une dame, mais tout le monde passe. Ne pestez pas: vous venez de remporter 5 blindes sur lesquelles vous n'aviez que 37% d'équité. C'est à dire que si tout le monde checkait jusqu'au showdown, vous ne remporteriez le coup que 37% du temps. Voici les résultats que donne Pokerstove:

Hero (BB): 8s4s (deux paires basses) 37.25%
SB : 7h5h (tirage ventral plus tirage couleur backdoor) 17.68%
BTN : KsJs (tirage couleur backdoor + deux overcards par rapport à nos deux paires) 5.128%
CO: Ac8c (Une paire + une overcard + tirage couleur backdoor) 18.62%
MP: JdTd (tirage ventral + tirage couleur backdoor + deux overcards par rapport à nos deux paires) 21.32%

Gagner le coup tout de suite est loin d'être un mauvais résultat. Nous venons de "voler" 62.75% d'équité à nos adversaires.

Bien sur, cet exemple est fabriqué, et nous n'aurons pas toujours autant d'équité à voler. Mais contre 4 mains aléatoires, nous n'aurons en moyenne que 60% d'équité en floppant deux paires ce qui signifie que si tout le monde va au show down, nous ne gagnerons le coup que 6 fois sur 10.

L'autre risque en slow playant notre main et en gardant tous nos adversaires dans le coup, est que les nouvelles cartes apparaissant au tableau dégradent la valeur de notre main et nous amènent à jouer une main compliquée hors de position.

Et puis après tout, voler 60% d'équité de 5 blindes, ça ne fait que 3 blindes. C'est peu, et il peut être tentant de les risquer pour gagner plus. Mais gagner combien en plus ? Et perdre combien si l'adversaire améliore au dessus de nous ? Dans notre exemple, si personne n'a la dame, nous aimerions qu'un As ou un roi tombe pour donner top paire à l'un des adversaires, ce qui ne fait que 6 cartes. De plus, l'as est une fausse bonne carte. Il donnera deux paires à notre adversaire. Nous ne serons pas surpris qu'il mise ou relance, vu que nous penserons "Il a touché son As". Nous perdrons en fait beaucoup à l'arrivée.

Pire encore, je ne connais pas de pire sentiment que de laisser une carte gratuite à un tirage ventral pour lui donner tous mes jetons une fois que ce tirage rentre.

Scénario 2:
Vous checkez pour ne pas effrayer vos clients avec le secret espoir de pouvoir effectuer un checkraise, mais tout le monde check derrière vous.

Le turn: 6d

Le tableau se connecte un peu plus sur les cartes basses et un tirage couleur apparait. La SB checke et nous décidons qu'il est temps d'attaquer (protéger/rentabiliser) notre main. Nous misons 4BB, le joueur en milieu de position paye avec son tirage ventral et son tirage couleur pendant que le CO et le BTN se couchent. La SB relance à tapis pour 25BB. Que faire ?
Nous sommes battus par Q6, 57, 66, 44, 88, mais il y a aussi beaucoup de tirages possibles. Que peut bien avoir ce joueur en milieu de position ? Allons nous sortir de ce coup où nous devons payer 21BB pour en gagner 38 ?? Faut il juste payer ou pousser à notre tour pour essayer de créer un side pot contre ce joueur en MP qui nous couvre ?

Le joueur en milieu de position peut avoir une dame avec un kicker moyen, Q9, QT, QJ ou un bon 8 et être tenté d'aller au show down pour le moins cher possible. Il peut aussi avoir de multiples tirages avec lesquels il a décidé de ne pas enflammer le coup. Certains joueurs frileux auront aussi pp9, ppT ou ppJ.

Le joueur en SB peut avoir un gros tirage avec lequel il essaye de gagner le coup tout de suite. Il est hors de position, et peut s'être donné une chance d'attendre son tirage sans l'attaquer, puis changer d'avis au turn. Son tapis est parfait pour ce genre de move. Il y a 13 blindes à gagner pour son tapis de 24BB et donc le rapport risque/récompense est intéressant. De plus, rien dans l'action jusqu'ici ne laisse supposer que quelqu'un a une main très forte et qu'il sera automatiquement payé. Mais la SB peut aussi avoir des mains faites très fortes, comme deux paires, brelan ou quinte. Sa position en premier de parole et le nombre d'adversaires peuvent l'avoir incité à tenter le check raise au flop puis au turn. S'il a une main très forte, partir a tapis au turn a beaucoup de sens: il y a toujours 13BB à prendre pour son tapis de 24BB, il y a un tirage couleur qui vient d'apparaitre et deux clients potentiels, et il ne reste qu'une carte à venir. Il est temps de faire payer le prix fort aux joueurs à tirage. De plus, s'il a quinte ou brelan, il peut tout a fait espérer qu'un des deux joueurs en lice ait brelan ou deux paires.

D'ailleurs, avant de miser, aviez vous envisagé cette possibilité? Aviez vous déjà pris votre décision? Cet un exercice auquel il faut s'habituer:
Si je mise, quel sera la taille du pot? Quelles seront les tailles des tapis des adversaires comparés à la taille du pot? Quelles mains et quels joueurs sont susceptibles de faire un move dans cette situation? Quels joueurs vais je payer si ils poussent leur tapis? Contre quels joueurs vais je au contraire coucher ma main? Quand la taille du pot se rapproche de la taille des tapis restants, il faut commencer à envisager ses critères d'engagements: quels joueurs suis je prêt à jouer à tapis, et dans quelles conditions ? (Par exemple, si la couleur ne rentre pas à la rivière, je payerai le tapis de ce joueur, mais je coucherai ma main si la couleur rentre)
Dans ce cas précis, vos chances sont minces 7.90% contre 63.16% pour la SB et 28.94% pour le joueur en MP.






Scénario 3:


Le turn : Tc

Cette fois ci le tableau se connecte par le haut, et un tirage couleur apparait. La SB checke et vous misez 3.5BB qui sont payées par le joueur en MP, le CO et le bouton. Le pot fait désormais 19BB

Hero (BB): 8s4s 39.48%
SB : 7h5h, tirage ventral: 7.90%
BTN : KsJs (tirage quinte par les deux bouts) 15.79%
CO: Ac8c (Une paire + tirage couleur max + une overcard) 23.68%
MP: JdTd (tirage ventral + une paire + une overcard par rapport à nos deux paires) 13.16%

Nous sommes favoris contre chaque joueur individuellement, mais toujours pas contre l'ensemble des adversaires.

La rivière vient sous la forme d'un 6d. Tout le monde checke jusqu'au bouton qui mise 14BB. Nous avons toujours la meilleure main, mais nous ne le savons pas. Nous sommes battus par QT, par J9, par 66, 44, 88 Q6, Q8, T6, T8, 75, 97 qui sont des mains plus ou moins crédibles selon le niveau et le style de vos adversaires. De plus, il reste deux joueurs à parler derrière nous. Nous voilà devant une situation bien difficile. Si un As, un 9, un J, un K, une Q ou la couleur étaient rentrés à la rivière, lâcher nos deux paires aurait été plus facile. Est il possible que QT ou J9, n'aient pas envoyé tapis au turn sur un board aussi dangereux?? Voilà en tout cas une décision bien difficile. Telle que la main a été jouée, il me parait difficile de lâcher notre main. Il y a peu de chance qu'une dame ait checké le flop puis amélioré en deux paires. Une paire de 6 paye t elle au turn ?? Pas sur. Nous redoutons un J9 qui slow play, ou encore 97 qui avait un double tirage au turn.




Dans cet exemple, il nous est compliqué de valoriser notre main à la rivière. Beaucoup de grosses cartes, une quinte est rentrée. Nous préférons checker puis payer une mise plutot que de miser et de devoir coucher sur une relance à tapis. En payant à la rivière, nous sommes content qu'un joueur ait essayé de bluffer le coup, car il nous était difficile de miser par nous même hors de position contre 3 joueurs. En gardant beaucoup d'adversaires, nous prenons des risques de les voir améliorer, mais les nouvelles cartes rendent souvent notre main difficile à valoriser si nous sommes en plus hors de position.


En général, avec deux petites paires, et beaucoup d'adversaires, il faut essayer de gagner le coup au flop, ou au moins de réduire le nombre d'adversaires pour faciliter ses décisions par la suite. Le but est d'engager ses jetons dans le coup lorsque l'on est devant, et que notre équité est la meilleure. En général, dans un pot multijoueur, cette situation se produit au flop. De plus, les améliorations avec deux paires sont rares. Il n'y a que 4 cartes qui vous font évoluer vers un full. La doublante pourra le plus souvent effrayer votre ou vos adversaires. Les cartes à apparaitre pourront également geler l'action en inquiétant vous et vos adversaires (une doublante qui ne vous donne pas full, une quinte, une couleur...). Dans un pot non relancé, particulièrement s'il y a peu de chance que le flop ait touché vos adversaires, ou si vos adversaires sont particulièrement passifs, faites le ménage sans attendre que quelqu'un mise pour effectuer un check raise. Vous êtes sans doute bien favori contre chacun des joueurs, mais rarement contre l'ensemble. Si vous optez pour checker le flop, et qu'un adversaire en fin de parole fait une petite mise, ne vous contentez pas de suivre cette mise pour attirer d'autres joueurs. Vous devez essayer d'isoler un joueur, et gagner le coup au flop n'est pas un mauvais résultat. Vous ne savez pas trop quelles cartes vous craignez pour la suite du coup, et moins il y a de joueur dans le coup, meilleure est votre équité.

dimanche 2 novembre 2008

Le chasseur et sa proie


Cet article continue une série que j'espère longue sur le jeu postflop. Le but de cet article est d'essayer d'introduire une étude de l'échelle des mains au flop au poker, et de voir comment elles intéragissent entre elles. Une main "chasseuse" va être la main forte qui va essayer de prendre le plus de jetons possible à la main "proie". Et bien sûr la main proie va essayer de perdre le moins d'argent possible contre la main chasseuse. Le problème, c'est que tout est relatif, que toute main ou presque est la chasseuse d'une autre main plus faible, et la proie d'une autre main plus forte. Le but de jeu est d'essayer de déterminer si on est plutôt une main chasseuse, ou une main proie.

Exemple:

vous avez AK sur un flop A-8-3 dépareillé.

Votre main est la main chasseuse de AQ, AJ, AT, A9 et de toutes les paires inférieures

Par contre, votre main est la main proie de AA, 88, 33, A8, A3, 83

Toute la subtilité va consister à doser l'action pour ne pas faire peur aux mains proies, tout en leur faisant payer le maximum, et d'éviter d'engraisser une main plus forte qui se retrouverait par malheur avec vous. En fonction de votre main, il va falloir trouver une "ligne" de jeu la plus adaptée pour maximiser les gains et minimiser les pertes. Le but du jeu va aussi être de déterminer dans quelle catégorie vous vous trouvez. Chasseur ou Chassé ? La ligne (l'enchainement des mises) que va utiliser l'adversaire peut vous aider à déterminer la valeur de sa main. Il va falloir être attentif pour repérer sa façon de jouer telle ou telle main. De la même façon, il peut être intéressant d'essayer de masquer le plus possible la valeur de sa main.

Pour reprendre l'exemple précédent, si vous misez le pot au flop et que vous êtes payé, que vous faites de même au turn pour le même résultat, et qu'un valet tombe à la rivière il devient vraiment douteux de miser de nouveaux à la rivière. En effet, l'adversaire a sans doute compris que vous aviez l'as, et même un très bon kicker pour remiser à la turn. Il a donc sans doute lui aussi au moins un as très bien kické pour payer au turn. Sans doute mieux que AT. Hors vous etes désormais battu par AJ, vous partagez avec AK. En fait, vous ne battez plus qu'AQ. Mais vous n'avez sans doute pas fait fuir les doubles paires et les brelans. En fait, par votre action, vous avez sans doute épuisé le potentiel de votre main. C'est à dire qu'il n'y a plus de mains moins fortes susceptibles de vous payer à la rivière. Si votre adversaire mise à la rivière, il est vraiment improbable que vous aillez la meilleure main. Vous ne battez plus qu'un bluff. Vous avez peut etre attaqué trop fort trop vite.

Bien sur, tout n'est pas si simple. Cet exemple assez simple n'est pas une ligne de conduite générale à adopter, car elle dépend de l'adversaire. Vous trouverez des joueurs qui pairont une relance preflop avec AT, puis trois mises au flop, turn et rivière s'ils touchent leur As, et d'autres qui ne pairont jamais une relance preflop avec AJ. Dans ce cas, cela change le type de mains que vous avez potentiellement en face de vous, et les profits que vous pouvez espérer réaliser.


D'autres joueurs varieront leur sélection de mains en fonction du type partie (Tournoi ou CashGame), du moment de la partie (début ou fin, gagnant ou perdant, taille des blindes, ...), de l'adversaire (Je paye en position la relance d'un joueur loose avec AJ, mais ne paye la relance d'un joueur serré quand je suis de blinde avec AJ). Ou encore, contre ce joueur très agressif et bluffeur, je suis pret à payer trois mises postflop avec Top paire As kicker Valet, mais contre cet autre joueur plutot passif, je ne paierai jamais une seconde mise à la turn s'il a déjà misé le flop. Et enfin, d'autres joueurs vont varier leur jeu, c'est à dire payer ou pas, plus ou moins, de façon variable avec le même type de main contre le même type de joueur.

Très souvent, sur les forums, on voit des posts de joueurs qui recherchent des lignes de jeu optimales dans telle ou telle situation. Il n'y a en général pas de recette miracle. Plus le niveau augmente, plus le nombre de paramètres qui rentrent en compte est important, et plus il faut apprendre à se débrouiller tout seul, avec les éléments dont on dispose pour essayer de prendre la meilleure décision possible.

Les différents types d'action et leur objectif:

1) Miser / Relancer:

Valoriser sa main: Vous pensez avoir la meilleur main et vous pensez pouvoir être payé par une main moins bonne. Vous cherchez à augmenter vos gains.

Protéger sa main: Vous pensez avoir la meilleur main, mais vous redoutez beaucoup de cartes qui pourraient donner une meilleur main à votre adversaire. Vous n'êtes pas contre encaisser vos gains tout de suite et ne pas voir votre adversaire améliorer. En tout cas, vous voulez lui faire payer cher sa tentative d'amélioration.

Faire passer une meilleur main: Vous pensez que votre adversaire a une meilleur main que vous, mais vous pensez également qu'il est au bout du potentiel financier de sa main, c'est à dire qu'il ne payera pas une mise supplémentaire. Vous misez naturellement pour qu'il se couche et pour gagner un pot que vous ne pouvez pas espérer gagner à l'abattage (show down).

Ne pas montrer ses cartes: Vous avez sans doute la main gagnante à la rivière, vous ne pensez pas être payé, mais vous ne voulez pas montrer votre main pour résuire l'information que vous donnez à vos adversaires. De plus, vous donnez à l'adversaire l'occasion de faire une erreur, c'est à dire payer un peu plus avec un main perdante. Contre des joueurs agressifs et volontier bluffeur, il faut quand meme se méfier d'une grosse sur relance si on ne peut pas l'assumer.

2) Folder:

- Réduire ses pertes, abandonner un coup dans lequel on ne trouve pas de chances de gagner par la valeur de sa main ou sur un bluff.

- Préservation de ses jetons.

3) Caller: Juste payer une mise d'un adversaire.

- Vous pensez avoir la meilleur main mais de façon incertaine.
- Vous avez de bonne chances d'amélioration vers une main très forte (tirage quinte ou couleur)
- Vous n'avez pas de main réelle, mais vous voulez voir si l'adversaire continue à montrer de la force pour essayer de le voler dans le cas contraire (floating).
- Vous avez une main forte, mais vous ne voulez pas effrayer les proies potentielles. Vous n'avez pas identifié de proie candidate à un gros pot, et vous ne craignez que peu de carte.

4) Checker:

- Maintenir le pot faible, induire des bluff, renoncer au pot.
- Vous avez une main à tirage, et vous souhaitez obtenir des cartes supplémentaires le moins cher possible.
- vous ne pensez pas pouvoir (ou ne voulez pas) gagner le pot tout de suite.
- Vous avez une bonne main qui ne craint pas beaucoup de tirage, mais qui a peu de valeur marchande.
Exemple, une top paire as kicker 8. Vous ne voulez pas effrayer les proies, faire grossir le pot de façon inconsidérée contre des mains plus fortes et espérez éventuellement être payé à la rivière par une main plus faible. Vous espérez que le manque d'action amène un adversaire à se sentir en confiance avec une main plus faible (2eme paire ou pire), ou qu'un adversaire essaye d'arracher le pot.

Il faut essayer de combiner un ensemble d'actions qui vont permettre d'optimiser les gains et de minimiser les pertes contre l'ensemble des mains qui se trouvent potentiellement chez nos adversaires.

Les différents types d'action et leur conséquence sur l'image:

Miser: Représenter de l'agressivité. Plus un joueur mise souvent, plus il met de la pression sur ses adversaires en faisant grossir les pots. Par contre, il dévalorise un peu la force de ses mises: puisqu'il mise souvent et qu'il est peu probable qu'il ait un jeu très fort à chaque fois, il doit aussi miser des jeux moyens, des tirages voir des jeux faibles. Conséquence, il va être payé de plus en plus souvent. Cette conséquence est intéressante pour se faire payer ses jeux forts, mais problématique pour les bluffs qui seront aussi payés plus souvent.

Contre un joueur agressif, il peut être intéressant d'être passif car il fait grossir les pots à notre place. Par contre, les tirages seront sans doute payants et peut être très chers.



Les mises et relances des joueurs agressifs sont moins respectées et peuvent attirer d'autres joueurs avec des mains plus faibles. Dans ce cas, attention à faire les ajustements nécessaires lors de la lecture de chaque joueurs. De plus, il faut éviter de se faire soi même piéger, et ne pas se retrouver à jouer de gros pots hors de position avec des mains moyennes.

Un joueur qui folde souvent va avoir une image "faible" (ou weak). C'est à dire que ses adversaires s'ils le remarque essairont souvent de le faire se coucher en misant. Au contraire, contre un joueur qui se couche facilement, il faut miser peu pour ne pas l'effrayer et être très vigilant quand ce type de joueur commence à résister. En général, il a un jeu très fort.

Un joueur qui paye souvent (calling station) est un bon candidat pour la valorisation des mains. Cependant, attention à ne pas franchir la limite, car passé une certaine limite, ce type de joueur aura tout de même une main très forte. De plus, certains joueurs peuvent être peu agressif et se contenter de payer avec des jeux forts. Il ne faut pas confondre une calling station (joueur qui paye souvent avec des jeux faibles) et un slow player (joueur qui se contente de payer avec des jeux forts).

Un joueur qui checke souvent est intéressant pour jouer des mains à tirage. Comme il va jouer "doucement" des jeux moyens voir même assez fort, il va laisser des cartes gratuites à ses adversaires. Contre ce type de joueur, attention à ne pas faire trop de bluff s'il paye souvent derrière un check, et déterminer à quoi correpondent ses mises: mise t il ses jeux très fort ou plutot ses tirages et ses bluffs ?

Tout cela fait beaucoup de paramètres à observer pour essayer de cataloguer ses adversaires et prendre en compte ses habitude et ses "pattern" (enchaînements de mises). Pour cela il faut essayer d'observer tous les coups, enregistrer les séquences de mises puis les remettre dans le contexte si un des joueurs montre des cartes à l'abattage. Il faut essayer de deviner la range de chaque joueur (l'éventail de mains qu'il peut avoir) à chaque étape du coup, et revoir l'ensemble une fois que l'on connait la main de chaque joueur.

Ces mises sont elles classiques ou montrent elles des particularités ou des failles? Y a t il des inconvénients majeurs dans leurs choix et comment peut on les exploiter ? Peut on créer des catégories de joueurs qui vont avoir des comportements similaires dans tels ou tels types de situation.


Cette habileté est primordiale, car elle peut faire la différence entre payer un tapis à la rivière ou pas ce qui peut faire une différence énorme en Cash Game ou en Tournoi: gagner de gros pots avec des jeux moyens en payant un bluff ou coucher un gros jeu et de pas être éliminé ou économiser 2/3 de cave.

Cette capacité demande beaucoup de concentration et d'endurance en concentration, une bonne mémoire, des capacités d'analyse, du bon sens. Si vous pensez ne pas les avoir, dites vous que ces capacités fonctionnent comme des muscles: plus vous les sollicitez, puis il s'améliorent...


Par la suite, j'essairait de faire quelques articles sur certains types de mains en les replaçant dans ce contexte.


Je compte aborder quelques thèmes comme le reraise preflop de mains comme AK, QQ, JJ preflop, et comment enchainer par la suite.


Un autre thème que je compte aborder est le dosage d'une main comme "Deux paires au flop"


A chaque fois, je pense qu'il n'y aura pas de conclusions définitives, mais j'essaierai de voir comment chaque paramètre peut influer la décision vers une voie ou vers une autre.

dimanche 12 octobre 2008

Le processus de décision, partie 1

Initialement, le titre de cet article était. "Toujours en décantation". J'étais parti pour un billet d'humeur, et puis comme il y a quelques semaines, de fil en aiguille, mon billet d'humeur a dérivé pour aboutir sur quelque chose de plus dense.

Un des récents articles s'intitulait, "Qu'on me donne l'envie". Ingrédient nécessaire pour s'assoir physiquement ou virtuellement à une table de poker. Aujourd'hui, j'ai envie d'ajouter, "Qu'on me donne la foi".

Qu'est ce que j'entends par là? Je veux pas dire être persuadé que Dieu existe, qu'il est bon et qu'il fera tout pour que la rivière soit bonne pour nous. Je pense plutot à avoit la foi en soi. Avoir confiance en soi, en son jeu. Etre sur que nos décisions sont globalement bonnes. Que notre jeu est gagnant. Que nous sommes dans le vrai. Cet ingrédient, je l'ai un peu perdu ces derniers temps. La faute à mes lectures, qui de part les nouveaux éléments qu'elles apportent m'amènent à déformer mon jeu pour le faire évoluer. Il faudra je pense un certain temps avant de faire la part des choses, trouver les nouveaux réglages. Le nombre de pièces du puzzle augmente régulièrement, et il faut les assembler. Les pièces ont de plus en plus de cotés, les combinaisons sont de plus en plus nombreuses...

Je n'ai pas joué sur Internet hors championnat MH depuis le 10 Septembre... Plus d'un mois. Et ça ne me manque pas. D'une part, je suis en général trop fatigué, je manque un peu d'énergie. Je dors mal, dans des plages horaires trop fantasques. Je n'ai pas fait de sport depuis 2 mois suite à une blessure au mollet pour laquelle je n'ai toujours pas consulté. J'ai quand même joué régulièrement en live et les manches MH se succèdent au rythme d'une par semaine. Enfin, j'aborde le jeu "perso" sur Internet dans une optique de volume, et dans une optique financière. L'aspect plaisir est moins présent. Et c'est précisément dans ce domaine que la foi doit être présente. Quand je joue une manche MH ou une partie privée entre amis, je me fous de bien jouer et de jouer rentable. J'ai plaisir à retrouver les potes et à les jouer. Je fais mes expériences et teste de nouveaux trucs. Par contre, sur le net, quand je commence à multitabler des parties, j'ai besoin d'être sur de mon jeu. Car sinon, les erreurs se trouvent multipliées et c'est la bankroll qui déguste.

Depuis un mois, c'est la partie jeu avec de la profondeur qui est en chantier. C'est à dire les premiers niveaux d'un tournoi multitable et le cash game. Plus précisément la défense de blinde, et la défense contre les relances. J'essaye de jouer plus de flop, sans forcément agresser comme un calu. J'essaye de moins coucher mon jeu très vite. J'essaye de rester suffisament longtemps pour avoir de l'information, et cette information se situe le plus souvent au turn, et à la rivière. En effet, la plupart du temps, derrière une relance, le continuation bet est utilisé, par mes adversaires ou par moi, à plus ou moins bon escient. Mais du coup, l'information est assez pauvre. Par contre, la réponse au continuation bet d'une part, puis les actions au turn sont très intéressantes. Moins automatiques. Moins systématiques. Il faut trouver une cohérence dans l'enchainement des mises depuis le jeu preflop. Trouver des failles.


Les mises au turn sont également plus chères, et nous engagent plus. En général, un pot au flop fait 6 à 10BB. Donc faire un Cbet ou payer un CBet coute entre 4 et 8 blindes. Au turn, le pot fait plus souvent 20 à 25 blindes. Payer une 2eme mise au turn ou opter pour une relance n'a pas la même implication. De même du point de vue du relanceur, envoyer une nouvelle mise au turn a des implications plus importantes, car elles accentuent les gains ou les pertes potentiels.


Enfin la rivière... Le terrain du value bet et de l'arrachage de la dernière chance. Le moment ou les plus grosses erreurs sont commises. A la rivière, le pot fait entre 20 et 40 blindes en moyenne. Perdre un pot de 40 blindes sur un mauvais fold est une très grosse erreur. Ne pas encaisser un value bet de 20-25 blindes de plus est aussi une grosse erreur. Tout comme augmenter ses pertes de 20 à 25 blindes... Ne pas prendre sa chance pour arracher un pot de 40 blindes que l'on n'a plus aucune chance de gagner à l'abattage alors que l'adversaire est au bout de son budget vu la heuteur de sa main est aussi une erreur couteuse. Ou plutot, un manque à gagner significatif... Ce qui finalement revient au même.


Savoir identifier toutes ces situations est un art, un art que nous cherchons à maitriser visiblement vu que nous passons des heures et des heures autours de ce jeu. Cet art, c'est l'art de situer sa main, mais aussi l'art de racontrer des "histoires", l'art d'écouter des histoires et de les étudier.

Chaque décision que nous prenons, preflop, au flop, au turn et à la rivière a des conséquences. Nous maintenir ou pas dans un coup. Faire coucher ou pas l'adversaire. Protéger sa main ou laisser des cartes gratuites. Faire grossir le pot, ou garder le pot petit. Essayer ou pas de completer un tirage. Mais nos décisions influent également sur l'histoire que nous racontons. Chaque décisions peut nous nous ouvrir de nouveaux horizons sur l'histoire que nous racontons, ou au contraire, réduire considérablement nos possibilités. Et le plus souvent, elles réduisent le champ des possibles, et il en est de même pour l'adversaire. Rester dans un coup permet d'entendre la suite de l'histoire de l'adversaire, de le forcer à se dévoiler un peu plus, et lui donne l'occasion de montrer une faille. Petit a petit, lorque l'on hésite entre une action et une autre, il faut apprendre à intégrer les facteurs suivant:

- Qu'est ce que je représente?
- Que signifie l'enchainement de mes mises?
- Quelles informations mon adversaire peut en tirer?
- Comment cela peut influencer ses décisions?
- Quelles sont les cartes susceptibles de m'aider ou de me faire peur?
- Quelles sont les possibilités qui me restent à la prochaine étape?

De même, sur chaque mise de l'adversaire, il faut essayer de voir l'histoire dans sa globalité.

- Que représente t il ?
- Quelle sont ses prochaines actions possibles?
- Quelles cartes peuvent lui rendre service ou au contraire lui faire peur?

Toutes ces questions sont vitales, car elles déterminent les possibilités qui s'offrent à nous:

Quelles sont mes chances d'être devant ou pas?

Si je suis plutot devant, quelle est la meilleure option pour gagner le plus d'argent?

1- Faire un value bet qui sera payé? Je pense que mon adversaire a un jeu suffisament bon pour payer une nouvelle mise à la rivière.
Ligne de jeu: --> Mise. Je mise pour la valeur de mon jeu qui est meilleur que celui de l'adversaire. Value bet.

2- Payer un bluff de mon adversaire? Je pense que mon adversaire n'a pas un jeu suffisament bon pour payer une mise rivière, mais qu'il peut tenter de bluffer le coup si je ne mise pas. Ou encore, il peut croire que son jeu est meilleur si je ne mise pas et faire un value bet perdant.
--> Check/Call : induire un bluff, ou induire un value bet perdant de l'adversaire.

Si je suis plutot devant, quelles sont les chances que je perde le coup sur un bluff de l'adversaire?

Hors position:

1- Je suis pret a payer une mise rivière de sa part, mais pas une relance sur une de mes mises: --> Check/Call.
C'est une attitude défensive.

2- Je pense que l'adversaire n'essayera pas de me bluffer si je mise la rivière, mais peut tenter un gros bluff que je ne suis pas pret à payer si je check
--> Mise pour bloquer l'action. (blocking bet).
En misant, vous espérez montrer suffisant de force pour dissuader votre adversaire de bluffer. Un tirage couleur vient de rentrer et vous avez un set en main. Il reste à chacun des joueur l'équivalent de ce qu'il y a au pot. Vous avez une main très forte, mais qui peut désormais être battue. Vous pensez que votre adversaire a soit une paire suppérieure au tableau, soit une couleur qui vient de rentrer, soit un brelan inférieur au votre. Le tirage couleur qui vient de rentrer sans créer de doublante vous mets mal à l'aise. Vous n'êtes plus certain d'être devant, et il donne à l'adversaire la possibilité de bluffer.
Si vous pouvez représenter la couleur, le blocking bet est intéressant:


Le pot fait 50BB et les deux joueurs ont environ 65BB devant eux. Vous misez 20BB. Si l'adversaire vous relance à tapis, vous devrez payer 45 BB pour un pot 135BB. Votre adversaire peut difficilement penser qu'il vous fera coucher dans ce cas là. Donc vous cassez ses possibilités de bluff. Si vous ne misez pas, vous lui laissez la possiblité d'envoyer 65BB pour un pot de 50BB. Cela a un sens, et ne vous aide pas forcément à vous situer par rapport a sa main.


Si vous misez, l'adversaire aura du mal à vous relancer à tapis sans avoir lui meme la couleur. Vous pouvez vous coucher en étant quasiment certain d'être battu s'il vous relance.
Si vous misez, l'adversaire peut vous payer avec un brelan moins fort.
Si vous misez, l'adversaire couchera son overpaire qui ne bat plus rien, mais ne tentera pas un bluff très incertain de la couleur.

Si vous ne misez pas, l'adversaire peut checker derrière avec un brelan moins fort, et vous perdez une mise qu'il aurait payé.
Si vous ne misez pas, l'adversaire peut tenter un bluff désespéré à tapis avec sa top paire qui ne bat plus grand chose et vous prendre le pot.

Quelles sont les chances de perdre le coup sur un bluff de l'adversaire?

Je pense être devant, mais il reste suffisament de profondeur aux tapis pour laisser la place à un bluff crédible de l'adversaire si je mise. De plus, il y a peu de chance pour que mon adversaire ait une main moins bonne qui me payera si je mise.

Typiquement, vous êtes en position avec une overpaire ou un brelan, une couleur vient de rentrer, votre adversaire checke la rivière, et il reste beaucoup de profondeur aux tapis. C'est une situation difficile. Vous pensez être devant donc vous avez envie de faire payer votre adversaire. Néanmoins, que faites vous en cas de grosse relance ? Votre adversaire pouvait être à tirage couleur, sur une top paire, ou sur un brelan.

1) vous avez une overpaire
Il est susceptible de vous payer avec une top paire (bonne chose), avec un brelan (pas bon), avec une petite couleur (pas bon), ou de vous relancer avec une couleur (pas bon) ou en bluff (catastrophique).

Dans ce cas, vous êtes plutot content de voir le showdown gratuitement, et je ne pense pas qu'il faille miser.

2) Vous avez brelan.

C'est encore plus compliqué. Votre adversaire vous paiera peut être avec top paire, souvent avec overpaire, certainement avec un brelan moins bon. Tous ces scénarios sont bons pour vous.

Il vous paiera aussi voir meme vous relancera avec une couleur plus ou moins bonne. Mais il peut aussi prendre sa chance et vous relancer avec sa top paire qu'il sait battue et là, c'est une situation horrible. Le pot faisait 40BB, vous misez votre brelan pour 15BB et votre adversaire relance à tapis pour 80BB.

Du point de vue de l'adversaire, le pot fait 55BB et cela a un sens d'investir 80BB pour essayer de l'arracher. De votre point de vue, le pot fait 135BB et vous devez rajouter 65BB pour le disputer... Vous avez une cote de 2/1, et perdre 135BB avec le meilleur jeu est une grosse erreur. Investir 65BB de plus avec le moins bon jeu n'est pas neutre, tant au niveau de la bankroll, qu'au niveau du moral...


C'est une décision très très difficile. Ce qui change par rapport au blocking bet, c'est la profondeur des tapis. Votre mise à la rivière ne vous protège pas forcément contre un bluff, presque au contraire. Pensez y longtemps à l'avance, avant d'être au pied du mur. Lorsque que vous construisez votre pot, et avant de miser à la rivière. D'un autre coté, pensez au mal de crane que vous mettez à votre adversaire si c'est vous qui envoyez le tapis dans ce genre de pot. Quelle que soit votre main, surtout en cash game, c'est rarement mal joué je pense. Et c'est la façon de lui faire faire la plus grosse erreur possible.

- Est ce que mon adversaire peut checker une couleur hors position à la rivière ? Est il du genre à induire des bluff ou des value bet perdants ?
- Est ce que mon adversaire peut me faire un check raise à tapis en bluff dans ce genre de coup?
- Ai je vraiment de la valeur à prendre si je mise ?
- Que fais je si mon adversaire me relance à tapis suite à ma mise ?

Ce sont toutes les questions qu'il faut se poser avant de miser dans cette situation.

Si je suis plutot derrière, dois je essayer de bluffer le coup? Est ce qu'il me reste un bluff crédible au vu de mon histoire?

Retour sur l'exemple précédent. Vous avez relancé avec AJ et avez été payé par le bouton.
Le flop vient 6 8 J dont deux trefles, le pot fait 7BB.
Vous faites naturellement un CBet à 5BB qui est payé par le bouton. Le pot fait 17BB

Le turn vient 2 de pique. Votre adversaire est plutot serré, et assez passif, plutot piegeux. Il ne relancera pas systématique une grosse pocket en position. Vous commencez à douter de votre main, checkez le turn et le bouton mise 12BB. Vous etes sans doute battu. Mais votre ligne vous laisse la possibilité de représenter les trefles, et il restera aux deux joueurs 80BB au tapis si vous payez.
Vous décidez de payer, vous battez encore des mains comme TT, 99, vous avez 5 outs contre QQ, KK et une possibilité de bluff. Le pot fait 41BB.

La rivière vient sous la forme d'un 4 de trefle, qui fait rentrer la couleur.

Vous décidez de checker. 99 et TT vont checker la rivière et vous gagnerez le pot au show down. Votre adversaire peut miser une main comme AA ou brelan. Vous ne pensez pas qu'il soit sur les trefles car il a tendance à prendre des cartes gratuites au turn si l'occasion se présente. S'il ne mise pas, vous verrez le show down avec une main pas forcément battue. S'il mise, vous décidez de le relancer à tapis.

Votre adversaire réflechit longtemps avec son brelan de 8 et fait une mise 15BB. Il pense que vous le payerez avec une grosse overpaire ou un brelan moins fort. (En réalité, il y a peu de chance que ce genre de mains check/call au turn, mais bon...) A ce moment, vous etes certain que votre paire n'est plus bonne, mais êtes quasiment certain que votre adversaire n'a pas la couleur. Vous pouvez représenter une main comme Ax ou KQ à trefle. Vous le relancez à tapis.

Mettez vous à sa place... La clé est "Etes vous susceptible de checker à la rivière avec une couleur à trefle?".

C'est un bon argument pour mixer son jeu. Checker une couleur à la rivière peut paraitre mal joué. On perd de la value, on peut etre payé par une overpaire ou un brelan. C'est vrai. Mais le faire de temps en temps peut compliquer la tache de l'adversaire.


Si vous pensez qu'il a un jeu fort qu'il va miser. Si vous misez, vous allez miser plus que ses 15BB, mettons 25BB et gagner sans doute 10BB supplémentaires, mais jamais plus car il se gardera bien de vous relancer.


S'il a un jeu moyen, il va checker derrière vous, et vous allez perdre peut etre 15BB, la mise qu'il aurait payé, mais vous n'auriez rien pris de plus si vous aviez misé 25BB qu'il n'aurait pas payé.



Avec un check raise à tapis lorsque vous avez la couleur et que l'adversaire a un jeu fort, vous prendrez parfois sa mise de 15BB qui ne sont pas loin de votre value bet moyen, mais vous vous donnez aussi l'occasion de gagner 80BB dans le cas ou l'adversaire opterait pour le call héroique.


Vous gagnerez aussi de temps 55BB en bluff parceque votre check raise à tapis rivière est crédible. Enfin, vous obtiendrez de temps en temps des show down gratuits avec des jeux moyens car votre adversaire craindra un reraise à tapis et ne misera pas la rivière.

Mais à jouer trop tight, à voir 15% de flop 10% de turn et 5% de river, même si nous réduisons certaines pertes parfois, nous couchons parfois des jeux meilleurs, nous perdons des possibilités d'améliorer, nous perdons la possibilité de bluffer certains coups au turn ou à la rivière, et finallement, nous perdons aussi autant d'occasions de progresser dans l'art de se situer.

Dans le coup précédent, coucher son AJ au turn est une décision sage. Nous sommes souvent derrière et loin derrière. Nous avons 5 outs contre une overpaire, et tirons mort contre un brelan ou quasiment. Mais... il peut y avoir des voies de sortie. Jouer le coup jusqu'au bout nous donne de l'information sur la façon de jouer de l'adversaire. L'investissement est de 12BB, et les profits qui peuvent en découler sont largements supérieurs.

lundi 22 septembre 2008

Donk/Probe bet

Une petite question:

Je n'aime pas trop le probe bet, c'est à dire miser au flop oop contre le raiser inital. Je trouve qu'il ressemble trop à une question, et que le raiser initial va souvent nous donner la réponse "Oui je me sens toujours bien" même s'il n'a pas le jeu qui va avec. Et dans les cas contraires, on perd l'argent qu'il aurait investit dans un CBet.

Pourtant, Gus Hansen dans son bouquin m'a mis un gros doute en affirmant:

"Le check oop pour laisser la parole au raiser initial est une des plus grosse erreur du poker moderne. Il lui laisse l'option de prendre une carte gratuite ou de faire son CBet qui ne nous donne que peu d'information supplémentaire. De plus, le check raise a le défaut de nous engager plus profondément dans un coup avec une main moyenne".

Il a aussi raison.

D'où la série de question suivante:

Etes vous plutot probe bet, check/call, ou check raise quand vous touchez un flop contre un raiser initial ?
Ou plus précisément, dans quels cas utilisez vous ces différentes options selon la situation des stacks, le style l'adversaire, la nature de la main, la texture du flop, ... il y a beaucoup de facteurs différents qui peuvent influencer la décision...

mardi 26 août 2008

Retour sur une main jouée dans le Var.



C'est marrant comme une main ne finit jamais des fois... La main en question, c'est la main sur laquelle je saute Dimanche. Vous allez vous dire, "Alex, sortir au bout de 40 min ça l'a traumatisé". En fait non, c'est pas ça. C'est la combinaison de deux choses: le debriefing, puis l'intéraction.

Debriefing: je revois la main et je me dis, tiens, j'avais le stack pour faire tapis au flop, et je n'y ai pas pensé c'est mal. Je poursuis, et je me dis, de toutes façons, je le mets plutot sur un valet, il a 5 outs au mieux, je veux le garder avec moi.

Interaction: Raph intervient et insiste sur ce point, si je le mets sur un Valet, je ne veux pas le perdre, je ne dois pas faire tapis.

Jusque là, tout va dans le même sens. Et puis aujourd'hui, ça me turlupine un peu. Je me dis que j'ai raté une étape dans le processus de décision, que ça m'arrive souvent, ce qui n'est pas criminel vu que c'est très compliqué une décision au poker, mais, je me dis qu'il va falloir améliorer ça. Je continue à cogiter et j'ai trouvé quelques éléments intéressants supplémentaires.

Je vous rappelle la main:

blindes 20-40 UTG+1, j'ai 1570 de stack et QQ en main.

UTG limpe, et je retourne QQ. Je raise à 200. La BB call les 200 et le limper paye aussi. Pot 620.

Flop: J x x dont deux trefles.

La BB donk bet à 100, UTG fold.

Que faire ?? Sur le coup, je le mets plutot sur un J, mais ça peut aussi être des trefles, avec 0,1 ou 2 overcards, un set. Peu de chance que ce soit 2 paires, car le board n'est pas connecté. J'ai vu ce joueur open raise à 10BB avec QQ en milieu de position, donc je ne pense pas qu'il slowplay AA ou KK.

Le pot fait 720, et j'ai 1370 de tapis. Il me couvre, mais n'est pas non plus monstrueux. Il doit avoir dans les 3000 au départ de la main.

- Je suis très serein sur le fait d'avoir la meilleur main à ce moment là.
- Le board présente un tirage couleur, et je crains potentiellement deux overcards.

Donc j'exclus de lui laisser le turn pour sa mise de 100.

- La moindre mise m'engage sérieusement dans le coup. Si je relance à 300 et qu'il paye, le pot fera 1320 et il me restera 1000 derrière. D'autant plus qu'une relance si faible ne me protège contre rien. Donc je vais relancer, et mettre en péril mes 1370 jetons, plus le pot de 720 sur lequel je pense être favoris, plus ma survie dans le tournoi.

Donc j'ai deux possibilités:
- Tapis au flop.
- Raise dans les 500 et AllIn quelque soit le turn.

Voici les nouveaux éléments de réflexion:

Les cartes qui me gènent au turn:

- Je crains beaucoup de cartes au turn: Les Valets, les rois, les as et les trefles. Environ 18 cartes. Je compte 3J, 3A, 3K, 11 trefles = 20, moins 2 qu'il a dans sa main. Mettons qu'il a en moyenne AJ, KJ ou deux trefles). Il reste alors 45 cartes dans le paquet. 18/45 = 40%. J'ai 40% de chances de prendre une mauvaise carte.

Je considère que toutes ces cartes sont mauvaises car elles vont soit me faire perdre le coup, soit risquer de me faire perdre le marché. S'il a KJ et qu'un As tombe, payera t'il le tapis au turn ? Si un trefle tombe et qu'il n'a pas les trefles, payera t il le tapis ? Peut etre car lui sera aussi tres engagé dans le coup, mais peut etre pas.

Et s'il paye mon raise au flop, et mon tapis avec des scary cards au turn, peut être payera t il de la meme façon un AllIn au flop ? De plus, commit ou pas, ça fait toujours un peu mal de mettre 20BB au turn si on est battu.


L'aspect cotes directes et implicites:

Si je fais tapis au flop il n'y aura pas de cote implicite, il doit payer 1370 pour un pot de 2090. Il doit gagner le coup 35% du temps pour que ce soit rentable. Autant dire que s'il a tirage couleur, il aura toujours la cote directement. Comme il a deux fois mon stack, il prendra surement le risque.
Par contre, s'il n'a que le Valet, il a 5 outs, plus éventuellement un runner runner et il ferait une grosse erreur de payer.

Si je raise à 500, il doit payer 400 pour gagner toujours 2090 (car il me prendra tout s'il touche donc il peut compter 870 de jetons en plus implicitement), mais ce coup ci sur une carte. S'il ne touche pas, il devra payer 870 au turn pour tenter de toucher son tirage sur une carte, mais cette fois ci pour gagner 2490. Les cotes sont moins bonnes pour la couleur, et toujours mauvaises pour un tirage à 5 outs.

Le dernier aspect peut il me payer au flop ?

Je pense globalement que sa range pour me payer AllIn au flop est à peu la même que celle pour payer mon raise à 500. Il ne lachera pas AJ, KJ, les brelans et tous les tirages à trèfle. Mon équité contre cette range est d'ailleurs de 54-46 en ma faveur, ce qui n'est pas fantastique.

Donc au final, en terme de risque c'est à peu près équivalent. Mais par contre je perd peut être un peu de profit à laisser tomber une mauvaise carte au turn...

Ce n'est pas forcément décisif dans cette main, mais je trouvais qu'il était intéressant lorsqu'on se demande combien miser à une étape d'évaluer d'une part quelle sera la situation "Taille des tapis / taille du pot" à la prochaine étape d'une part, et quelles sont les cartes qui peuvent ralentir l'action du notre point de vue ou du point de vue de l'adversaire.